Série « Confinement » – Bloc 9 de Dominique Bela

 

La nouvelle est tombée ce mercredi 18 mars à midi. Afin de lutter contre la propagation du coronavirus, la Belgique rentre en confinement. En résumé, le mot d’ordre: « Chacun doit rester chez soi au maximum pour limiter les contacts extérieurs ». On peut quitter son domicile pour un magasin d’alimentation, aller chez le médecin, à la pharmacie, au guichet automatique de la poste, au guichet bancaire, à la station d’essence, fournir une assistance aux personnes vulnérables.

Sur le plan personnel, cette situation m’évoque une autre époque, celle de mon séjour dans les camps en Belgique : Houtalen, Bierset, Jemeppe-sur-Meuse. Et de manière générale, la sédentarisation aux forceps des Africains et enfin, qu’il ne fait pas bon d’être vieux en Occident.

Sept ans après mon séjour dans les camps, j’y suis retourné le 14 mars dernier dans le cadre d’un reportage pour le quotidien d’informations et d’analyses en ligne, MigranStory.

Musique.
Vidéo visite centre Bierset.

Il est pratiquement 11 heures lorsque je franchis la rue de Velroux, la seule route qui conduit au centre Croix-Rouge « L’Envol » à Bierset. Je suis avec ma collègue et compagne Julia Garlito Y Romo. À l’arrêt du bus, non loin du camp, comme dans mes souvenirs, un petit rassemblement de résidents attendent le bus 85 pour les conduire à Liège. Autant le dire tout de suite, avant de monter dans le bus 85, il vaut mieux connaître quelques règles : ne pas manger à l’intérieur ; ne pas parler fort au téléphone ; ne pas parler au chauffeur ; ne pas engager la conversation en premier avec les passagers. Vous l’avez compris, nous ne sommes pas acceptés par tous les riverains.

Je replonge dans mes souvenirs des soirs d’hiver, lorsqu’après mes cours de théâtre au Conservatoire royal de Liège, sis au quai Banning 5, j’arpente, sous un froid glacial, l’asphalte enneigé qui me sépare d’environ huit kilomètres du centre de demandeurs d’asile de Bierset. Il est 22 heures. Je suis un zombie, une âme perdue au milieu de cette route. J’ai les doigts gelés dans les poches de mon jeans. Les semelles de mes chaussures laissent pénétrer la neige, glaçant mes pieds alors que je n’entends plus que les gargouillements de mon estomac chantant la mélodie de la faim.

– Mais Dominique, pourquoi manges-tu le même repas tous les jours ?
– J’aime bien le pain avec du fromage.
– Ah OK ! Désolé.

Ça fait plus de six mois que je suis dans cette école, jamais personne ne s’intéresse à moi. Personne ne vient s’asseoir à ma table, à part quelques étudiants et des membres du corps pédagogique, pour déjeuner.

 

Extrait de Bloc 9 de Dominique Bela

Lire le texte intégral de Dominique Bela au format PDF

Ce texte a été écrit dans le cadre de la série de commandes « Confinement », une initiative du Centre des Écritures Dramatiques  Wallonie-Bruxelles, en partenariat avec Pierre de Lune, Centre Scénique Jeunes Publics de Bruxelles. 

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