Série « Confinement » – La Colline magique d’Alice Beaufort

 

Il était une fois, dans les terres du Sud, un pays de collines et de vallées.
Le ciel y était toujours bleu. C’était le Grand Aigle qui veillait.
Les anciens disaient que le bleu du ciel, c’était ses ailes déployées.
Ils disaient aussi que parfois, on pouvait l’apercevoir voler, dessiner de grands cercles, pour appeler la pluie.

En haut de la vallée, juste à côté de la forêt, il y avait une petite maison de pierre. C’est là que vivaient Lili avec ses deux frères et ses parents.
Lili, elle était presque sûre d’avoir déjà vu l’aigle bleu. Ses frères ne la croyaient pas. Ils la surnommaient « Lili dans la lune ». Parce qu’elle regardait toujours en l’air. Parce qu’elle parlait aux fourmis, aux cigales, aux abeilles.

Cet été-là, il faisait si chaud que les champs de la vallée étaient devenus jaunes. Un voile de poussière s’élevait de la terre. Les fruits se desséchaient sur les arbres. Des semaines qu’il n’avait pas plu une goutte d’eau.

Dans la vallée, l’air était devenu irrespirable.
Le jour, les gens restaient chez eux, les persiennes tirées.
Le soir, ils se réunissaient sur la place, sous le grand figuier.
Monsieur Grigoulet, le maire du village, s’asseyait sur le petit muret de pierres, les deux mains posées sur sa bedaine. Autour de lui, la foule s’agitait.
Les parents de Lili sont arrivés, la mine basse.
   – Regardez ! Nos abricots sont déjà secs !
   – Et il n’y a plus une goutte d’eau au lavoir !
   – On n’aura même pas de graines pour la saison prochaine !

Les hommes et les femmes se lamentaient. Les anciens imploraient l’aigle bleu de leur venir en aide. Les plus jeunes se préparaient à quitter la vallée. Monsieur Grigoulet essayait de calmer les villageois.
   – Allez, allez… On en a vu d’autres…

Oh, il n’était pas inquiet. Il avait encore des réserves de l’hiver dans sa cave.

Les jours passaient. Sans une goutte de pluie.
Du haut du ciel, l’aigle bleu était inquiet. Depuis des semaines, il guettait l’horizon. Pas un nuage gris au loin.
Alors, il est descendu sur terre.
Il a vu les champs brûlés.
Il a touché le lit de la rivière, sec.
Il a fouillé dans tous les recoins de la vallée.
À peine une fraise des bois dans la forêt.

Il s’est assis au pied d’un arbre. Il a posé la tête entre ses plumes.
   – Il doit bien y avoir à manger quelque part… Les animaux ne meurent pas de faim, eux !

Extrait de La Colline magique, un conte d’Alice Beaufort

Lire le texte intégral d’Alice Beaufort au format PDF

Ce texte a été écrit dans le cadre de la série de commandes « Confinement », une initiative du Centre des Écritures Dramatiques  Wallonie-Bruxelles, en partenariat avec Pierre de Lune, Centre Scénique Jeunes Publics de Bruxelles. 

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