Série « Confinement » – Le poète tombe le masque de Nicolas Ancion

 

On le croyait mort, enterré, oublié, mais c’était sans compter sur sa propension à réapparaître précisément là où on ne l’attend pas. C’est au bord d’un balcon, les pieds flottant dans le vide, qu’on a retrouvé le poète, soliloquant comme à son habitude.

Je ne porterai pas de masque, s’offusque le poète
Au contraire
Je voudrais les voir tomber
Tous
Les uns avant les autres
Comme on abat les boîtes de conserve
Au jeu de massacre
Je voudrais que les masques en tissu en plastique en commande
En attente en transit en réassort en peau de fesses humaines
Tombent
Les vrais visages me manquent
Les inconnus surtout
Ceux que l’on croise en rue dans le bus dans le train
Dans la salle d’attente du médecin
Les visages inconnus
Aux formes mal foutues aux traits si imparfaits
Que le regard s’y perd
Gagné par le doute
Le doute aussi me manque
C’est une certitude
Les discours me fatiguent
Les ordonnances les recommandations
Les attestations dérogatoires et les gestes barrières
Les gestes clôtures
Derrière lesquels on se terre
On s’enferre
A petit feu
Pierre Papier Ciseaux
Ciseaux un peu
Papiers beaucoup
Et grosse pierre en travers de la gorge
La distanciation sociale c’est un peu plus d’un mètre cinquante
Aux dernières nouvelles
Six pieds sous terre en d’autres mots en d’autres lieux
Juste de quoi crever pour de bon
Chacun dans sa merde replié comme un mètre roulant
Dans sa coquille à ressort

Extrait de Le poète tombe le masque de Nicolas Ancion

Lire le texte intégral de Nicolas Ancion au format PDF

 

Ce texte a été écrit dans le cadre de la série de commandes « Confinement », une initiative du Centre des Écritures Dramatiques  Wallonie-Bruxelles, en partenariat avec Pierre de Lune, Centre Scénique Jeunes Publics de Bruxelles.

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