Série « Confinement » – Quaternaire Park d’Alexis Julémont

1. Rêve —

À table, la mère, le père, et la fille. Ils commencent par enlever leur masque. Le masque a étalé le rouge à lèvre sur le visage de la mère.

La mère : Comment ça s’est passé au parc ?
La fille : Bien. Ça s’est bien passé.
La mère : Bien.
Le père : Oui c’est très bien.
La mère : Tu as fait du vélo ?
La fille : Oui j’ai fait du vélo.
Le père, à sa fille : Tu me passes les patates s’il te plaît, ma chérie.
La mère : C’est très bien.
Elle lui passe les patates.

Le père : Oui c’est-…
La mère l’arrête du regard avant qu’il n’ait fini de parler.

La mère : Tu as fait du toboggan ?
La fille : Oui j’ai fait du toboggan.
Un temps.

Le père : Bien. C’est bien ça le toboggan.
La mère : Et tu as mis où tes mains quand tu descendais du trampoline ?
Un temps.

Hein, tu as mis où tes mains pour descendre du trampoline ?
Le père : Du toboggan…
La mère : Oui du toboggan. Tu les as mises où tes mains ?
La fille, marmonne : En l’air.
La mère : Qu’est-ce que tu as dit ?
Le père montre à sa femme les mains en l’air.

Le père, bas : En l’air. Elle a dit…
La mère : Tu vas me faire croire que tu as descendu le toboggan avec les mains en l’air devant toutes tes copines-là et tes copains, c’est ça ?
Un temps.

Hein ? C’est ça que tu vas me faire croire ?
La fille : Oui j’ai descendu le toboggan avec les mains en l’air.
Je me suis assise devant eux, et j’ai levé les bras vers le ciel. Puis j’ai glissé avec mes fesses en tirant sur mes talons comme ça.
La mère : Tu n’as pas touché le plastique du toboggan ?
La fille « nacquièsce ».
Un temps.

La mère, au mari : Passe-moi le poisson s’il te plaît.
À la fille.
Tu as descendu le toboggan comme ça les mains en l’air, en tirant sur les talons ?
Le père lui passe le poisson.

La mère : La SALA-DE, la SALA-DE ! Qu’est ce que tu ne comprends pas dans LA SA-LA-DE ?!
Le père : Je m’excuse ma chérie, mais tu as dit le poisson. Si tu me demandes le poisson je te passe le poisson, tu dois dire passe-moi la salade, si tu veux la salade.
La mère : J’ai dit passe-moi le poisson ?
Elle se tourne vers la fille pendant que le père acquiesce.
La fille acquiesce à son tour.

Le père : Oui, tu as dit passe-moi…-
La mère : Oui ben passe-la moi maintenant la salade !
Le père : Ma chérie je crois que tu es complètement à bout de nerfs. Il vaut mieux que nous ne sortions plus, tu as raison.
Un temps.

Désormais personne ne sortira de cette maison.

Extrait de Quaternaire Park d’Alexis Julémont

Lire le texte intégral d’Alexis Julémont au format PDF

 

Ce texte a été écrit dans le cadre de la série de commandes « Confinement », une initiative du Centre des Écritures Dramatiques  Wallonie-Bruxelles, en partenariat avec Pierre de Lune, Centre Scénique Jeunes Publics de Bruxelles. 

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